Objets interconnectés, aurez-vous donc notre âme ?

Posté par Serge Tisseron le 11 décembre 2014.

A l’approche de Noël, les fabricants de jouets font assaut de publicités pour convaincre les parents que leurs enfants entreront d’autant mieux dans le nouveau millénaire qu’ils seront introduits plus tôt au monde des objets interconnectés. Beaucoup de ces objets prennent l’apparence de robots (poupées ou autres) possédant une base de données impressionnante et conçus pour devenir de « vrais amis », voire même développer un lien affectif avec l’enfant. Le futur semble entrer par la porte des jouets. Pourtant, nous aurions tort de croire que ce sont les robots qui sont au centre de ces technologies de demain. Ils ne constitueront que la partie visible de l’immense iceberg constitué par les objets interconnectés.

Un contrôle de chacun par chacun

Il y a quelques mois, un fabricant de vêtements a mis en vente des manteaux dotés d’une puce RFID, de telle manière que les parents puissent suivre les déplacements de leur enfant sur le GPS de leur smartphone… Ces manteaux-mouchards se sont vendus comme des petits pains ! C’est que tous les parents ont le désir de surveiller leur enfant avec l’excuse de veiller ainsi plus efficacement à sa sécurité. Le problème de la surveillance généralisée n’est pas seulement celle d’un contrôle de quelques-uns sur tous les autres, que ce soit de la part des gouvernements ou d’entreprises commerciales comme Google. C’est tout autant celui d’une surveillance de chacun par chacun : les parents veulent surveiller leurs enfants, les maris leur femme, les femmes leur mari, les patrons leurs employés, etc.

Toutes ces formes de surveillance se renforcent évidemment mutuellement : la surveillance dont nous nous savons chacun l’objet nourrit l’idée que chacun a le droit de surveiller qui il veut, sans se douter que la surveillance qu’il exerce sur autrui est également capturée par la surveillance globale et l’alimente à son insu comme à l’insu de celui qu’il surveille...

Une empreinte légère

Face à un danger aussi important, et dont nous commençons tout juste à prendre conscience, la construction de protections est nécessaire. On peut bien entendu décider de retirer chaque semaine une même somme d’argent au même distributeur de son quartier afin de ne plus utiliser sa carte de crédit, ou d’acheter des tickets de métro plutôt que d’utiliser une carte d’abonnement qui trace tous nos déplacements. On peut aussi refuser de porter le bracelet électronique dont certaines compagnies d’assurances nous invitent à nous munir afin de réduire nos primes et refuser que notre manière de conduire soit de la même manière tracée pour bénéficier d’une réduction de notre assurance automobile. Hélas, non seulement ces méthodes ont une efficacité très relative, mais en plus la capture de nos données personnelles par les fournisseurs de services sera bientôt une condition absolue pour continuer à en bénéficier. On nous prévient déjà sur Internet, à chacune de nos navigations, que les cookies que nous téléchargeons à chaque opération, et qui sont en fait autant de mouchards installés sur notre ordinateur, sont indispensables au bon fonctionnement des services qui nous sont fournis…

Des objets qui nous surveillent

Avec les objets interconnectés, nous allons donc être obligés de changer complètement de point de vue sur notre environnement. Depuis que l’être humain crée des objets, il s’est habitué à les considérer comme des serviteurs. Ma brosse à dents, ma voiture, la nourriture que j’achète au super marché m’appartiennent et j’en fais l’usage que je veux à chaque instant Mais bientôt, ces objets ne seront plus seulement nos serviteurs, ils seront en même temps, et de manière indissociable, des mouchards, qui informent des tiers sur l’utilisation que nous en faisons, et, bien au-delà, sur nos déplacements, nos goûts, nos rencontres… Bref, il va nous falloir considérer nos objets familiers non seulement comme nos amis, mais comme les amis de ceux qui nous surveillent, peut-être pour notre bien… mais peut-être aussi pour le profit qu’ils en tirent et le désir qu’ils ont de pouvoir prévenir chez nous toute activité qu’ils jugeraient indésirable. La généralisation de la location d’objets nous habitue déjà à les considérer comme appartenant au service qui nous les fournit dans l’attente que nous renoncions en contrepartie à l’ensemble des données que ces objets peuvent leur transmettre.

Un indispensable encadrement législatif

Nous allons donc devoir apprendre à nos enfants à se méfier des objets, à commencer par ces fameux objets que nous sommes invités partout à leur offrir à Noël. Et nous aurons aussi tout intérêt à leur faire découvrir le plus tôt possible les avantages du langage de programmation. Ceux qui sauront communiquer avec les machines, et leur donner des informations conformes à leurs vœux, sauront mieux s’en protéger à l’avenir que ceux qui ne l’auront pas appris.

Mais l’éducation ne suffit pas. Des mesures législatives doivent également être prises pour nous protéger : la décision minimale serait l’obligation faite à tous les constructeurs d’objets connectés ou interconnectés de localiser de façon visible l’emplacement de la puce de connexion de manière à ce que l’utilisateur puisse décider de faire fonctionner l’objet en mode connecté ou non connecté. Sur les habits, les bouteilles, les objets électroménagers, la puce RFID devrait être placée suffisamment en évidence pour pouvoir être non seulement déconnectée, mais même enlevée, pour éviter toute « fausse déconnexion » qui la laisserait fonctionner alors que l’usager penserait l’avoir interrompue.

Sans l’association d’une éducation et d’une législation qui se renforcent mutuellement, le monde des objets interconnectés risque de ressembler bientôt à celui décrit par Orwell dans son roman 1984.

Emballages : Le jour où ma boîte de raviolis se transformera en lampe d’Aladin

Posté par Serge Tisseron le 19 novembre 2014.

Le salon « Emballage et Manutention » se tient en ce moment à Paris. Il y est heureusement question d’économie solidaire et de développement durable, mais dans ce domaine, nous avons beaucoup à espérer aussi de la révolution numérique. A condition qu’elle soit mise au service des consommateurs et pas seulement des fabricants.

L’emballage en cumul de fonctions

La plupart des emballages actuels cumulent trois fonctions que le numérique rend enfin possible de séparer : une fonction de protection, une fonction de séduction et une fonction d’information.

La fonction de protection joue un rôle majeur dans toutes les étapes qui vont de la fabrication du produit à son arrivée chez le client. Elle est également associée au stockage des produits : des objets sphériques ont besoin d’être emballés dans des boîtes carrées pour pouvoir être empilés…

La fonction de séduction est associée préférentiellement aux produits de luxe, (alcool, parfums, bijoux…), mais elle intervient aussi pour de nombreux produits de consommation courante, et notamment pour les produits alimentaires. Aurions nous autant envie d’acheter des tranches de jambon emballées sous vide si l’enveloppe de plastique qui les contient de nous les présentait pas comme bien plus appétissantes, et en même temps bien plus faciles à séparer l’une de l’autre qu’elle s ne le sont en réalité…

Enfin, la fonction d’information, bien que valorisée par les associations de consommateurs, est souvent reléguée à la portion congrue. La date de péremption est difficile à trouver, les mentions de composition sont réduites aux obligations légales, les noms des additifs donnés sans aucune explication… Mais les fabricants d’emballages ont aujourd’hui le moyen de faire leur révolution, à condition de séparer les trois fonctions dévolues aux emballages, et de faire prendre en charge par le numérique la fonction d’information, et patiellement la fonction de séduction.

L’e-emballage, un feu d’artifice d’effets à domicile.

Imaginons des objets emballés de façon neutre, c’est-à-dire la moins coûteuse possible tout en satisfaisant aux normes en matière de bonne conservation et de protection de l’environnement. Par exemple une boite de raviolis. Un QR code permet à celui qui en prend possession d’accéder à un portail en ligne. L’enfant y télécharge sur son téléphone mobile (n’oublions pas que beaucoup d’entre eux en ont un) des animations ou des jeux qui deviennent pour lui l’équivalent de ce que fut dans mon enfance les cadeaux cachés dans les barils de lessives Bonux : une source d’émerveillement qu’il fallait aller chercher pour en bénéficier ! Quant aux adultes, ils y trouvent des informations sur les conditions de garantie et les utilisations possibles des produits qu’ils viennent d’acheter, leurs qualités nutritionnelles et leurs additifs s’il s’agit d’aliments, les parts prises par les producteurs et les intermédiaires dans leur prix, mais aussi l’évolution de celui-ci depuis plusieurs années, et pourquoi pas un forum sur lequel chacun peut poser ses questions au fabricant du produit, mais aussi aux autres internautes… Bref, pour les enfants comme pour leurs parents, la boîte de raviolis se transforme en une merveilleuse lampe d’Aladin !

Pour une maîtrise des données personnelles de consommation

Mais la révolution numérique ne permet pas seulement d’informer différemment, et plus complètement, sur les produits. Elle est porteuse aussi d’un changement d’état d’esprit : le désir de se responsabiliser afin de s’approprier sa propre vie. Or ce désir sera de plus en plus inséparable de la gestion par chacun de ses données personnelles, autrement dit de sa part du fameux Big Data qui pourrait bien constituer la source de richesses la plus importante du XXIe siècle.

Alors, imaginons. Chaque produit acheté, que ce soit en magasin ou sur Internet, porte un code que le consommateur entre dans un espace numérique protégé qu’il possède sur Internet, et qui est dédié à sa consommation personnelle. Il a ainsi accès en permanence à ses données constamment mises à jour sur les produits qu’il consomme et l’argent qu’il y consacre. Cet espace lui propose également diverses options pour vendre ses données personnelles à des entreprises spécialisées, puisqu’il en existe qui se consacrent à les exploiter comme d’autres s’occupent du recyclage des déchets.

Les emballages qui accompagnent nos produits ne sont actuellement que des enveloppes plus ou moins sophistiquées destinées à les protéger, à les rendre plus attractifs et, dans le meilleur des cas, à informer sur leurs particularités. Il appartient aux entreprises spécialisées dans ce domaine d’en faire autre chose : un support de connaissance et de maîtrise, par chacun, de ses données personnelles de consommation, reconnues comme une propriété qu’il peut thésauriser ou vendre selon ses choix.

Obsolescence programmée : un désastre (aussi) psychologique

Posté par Serge Tisseron le 18 octobre 2014.

Quand on pense à l’obsolescence programmée de nombreux objets qui nous entourent, c’est aussitôt la question écologique qui vient à l’esprit. Et à juste titre. Le mode de consommation qui nous oblige à nous débarrasser d’objets dont la durée de vie a été artificiellement limitée est catastrophique pour l’environnement, et encore plus quand il s’agit d’objets numériques dont certains composants sont particulièrement toxiques. Mais il existe un autre aspect de ce problème. La pratique qui consiste à réduire d’année en année la durée de vie de nos objets familiers est de nature à affaiblir l’investissement dont ils sont la cible, et à précariser gravement notre sentiment de continuité au monde.

Un irrésistible attachement

L’être humain a toujours eu tendance à s’attacher à ses objets, comme en atteste le fait que de nombreux propriétaires aient tenu, tout au long de l’histoire, à se faire enterrer avec ceux qui avaient accompagné leur vie, notamment leurs armes et leurs outils. Et il a toujours eu tendance à les « anthropomorphiser », c’est-à-dire à leur attribuer des émotions, voire des pensées semblables aux siennes. Tous les pays ont produit des légendes dans lesquels un objet prend soudain son autonomie et fait seul le travail que son propriétaire devait faire avec lui. La difficulté où se trouve notre culture de penser la technologie n’est pas seulement liée à la méconnaissance de la nature et de l’essence de la machine, comme l’écrivait Gilbert Simondon. Elle trouve aussi son origine dans l’ignorance de la richesse et de la complexité des relations qui nous unissent à nos objets familiers. Notre culture a engendré un véritable refoulement de ce que nous mettons de nous-mêmes dans nos objets, au point parfois de ressentir de la honte pour l’attachement que nous éprouvons pour un ustensile hors d’usage et pour le désir que nous avons de le garder près de nous. Les expériences singulières que chacun d’entre nous peut avoir avec un vêtement ou un meuble usagé, ou un objet ayant appartenu à un ancêtre, sont pourtant essentielles.

Notre obscur désir pour les objets

En fait, nous sous estimons aujourd’hui l’importance des liens affectifs qui nous unissent à eux parce que les interactions possibles avec eux sont limitées. Mais bientôt, avec les robots, cette méconnaissance ne sera plus possible. Nous devrons prendre en compte le fait que nous pourrons aussi les aimer, et que nous attendrons souvent de leur part un signe de réciprocité… Ils rendront évident l’obscur désir pour l’objet qui nous habite, pour paraphraser le titre d’un film célèbre de Luis Bunuel. C’est pourquoi l’obsolescence programmée des objets qui nous entourent n’est pas seulement un crime écologique. Elle constitue aussi un problème grave pour le sentiment de notre continuité au monde qui s’appuie en partie sur nos objets familiers, et qui s’y appuie de plus en plus dans un monde où l’environnement change très vite. Il est vrai qu’on peut toujours « romantiser » nos objets détraqués ou devenus inutiles parce que non compatibles avec les nouveaux. On décide alors de les garder pour leur beauté, ou tout simplement pour les souvenirs qui y sont attachés. Mais cette « romantisation » est d’autant plus difficile que les objets contemporains, sauf à y investir des sommes considérables, n’ont plus la beauté des objets du passé faits à la main.

Vers des objets transformables et évolutifs

C’est pourquoi la psychologie et l’économie se rejoignent pour nous inviter à consommer autrement. Il nous faut réfléchir à des objets différents avec lesquels nous puissions avoir une relation différente. Peut-être des objets qui ne seraient pas condamnés à être démantelés pour être très partiellement recyclés, mais des objets qui s’inséreraient dans des cycles de vie stables parce qu’ils seraient capables d’évoluer en fonction des progrès technologiques. Ces objets utilisant la numérisation nous accompagneraient tout au long de notre vie et contribueraient au sentiment de notre continuité au monde, à la fois par leur permanence et par le fait qu’ils seraient capables de garder en mémoire l’ensemble des événements de notre existence.

Contre la fatigue d’impuissance, Reporters d’espoir lance le Solution MédiaLab

Posté par Serge Tisseron le 13 octobre 2014.

Le lundi 13 octobre s’est tenu au Palais d’Iéna le 5e prix « Reporters d’espoir ». Plusieurs distinctions ont été remises à des journalistes dont les interventions peuvent donner envie d’agir. En même temps, cette rencontre a été l’occasion d’annoncer le lancement du Solution MédiaLab, un nouvel outil destiné à étudier l’impact des médias sur notre sentiment de pouvoir agir, ou non, sur les événements. Au-delà des contenus, qui peuvent amener par exemple un journaliste a préférer l’image d’un bombardement spectaculaire à celle d’un convoi alimentaire, l’information est en effet aujourd’hui inséparable des technologies numériques qui en modifient profondément la réception, en suscitant trois formes de confusion sans équivalent par le passé.

Une triple confusion

La première de ces confusions est temporelle. Traditionnellement l’information nous arrivait quand nous décidions de lire notre journal ou d’allumer la radio ou la télévision. Mais aujourd’hui, avec les écrans partout présents, l’information nous arrive en tout lieu et à tout moment sans que nous puissions nous y préparer. Nous devenons les otages de l’info.

La seconde confusion provoquée par l’information est une confusion spatiale. Traditionnellement, nous découvrions les images des catastrophes avec les journalistes qui arrivaient sur place en même temps que les pompiers et les sauveteurs. Nous étions invités à connaître en même temps la souffrance et la solidarité. Mais aujourd’hui, les images que nous voyons sont très souvent filmées par des protagonistes du drame avec leur téléphone mobile. Nous ne sommes plus devant l’action, mais dans l’action, au cœur du drame.

Enfin, la façon dont l’information nous arrive aujourd’hui provoque une confusion d’intimité. Alors que le travail traditionnel des journalistes relevait d’un regard sur des événements publics, l’utilisation des smartphones et des réseaux sociaux nous plonge dans l’intimité des protagonistes. Et leur intimité fait irruption dans la nôtre. Ces trois confusions provoquent chez beaucoup d’entre nous une souffrance psychique que je propose d’appeler la fatigue d’impuissance.

La fatigue d’impuissance

L’être humain est doté de la capacité de pouvoir s’imaginer à la place de l’autre. C’est ce qu’on appelle l’empathie. Cette capacité est inséparable d’une composante d’action : ressentir la souffrance d’autrui suscite le désir de lui venir en aide, même si cette composante peut être inhibée, comme dans l’acte d’achever un ennemi blessé. Le problème est qu’avec les écrans, nos capacités de ressentir et d’agir sont séparées. Nous sommes invités à ressentir toujours plus sans jamais pouvoir agir sur l’événement. Les animaux que l’on place expérimentalement dans cette situation présentent des troubles somatiques et psychiques et nous ne sommes pas étonnés qu’il en soit de même pour nous. Transformés par nos écrans d’actualité en spectateurs terrifiés d’un monde sur lequel il nous semble impossible d’agir, nous développons une fatigue d’impuissance.

Sa première manifestation est la dépression. Le déprimé a le sentiment de ne rien pouvoir faire qui puisse changer sa vie. Mais à force d’imposer aux téléspectateurs de très fortes charges émotionnelles liées à des situations auxquelles ils ne peuvent rien, on finit par leur fabriquer une dépression. Certains n’osent même plus allumer la radio ou la télévision à l’heure des infos de crainte d’être submergés par la souffrance du monde. D’autres essayent d’oublier leur impuissance dans des activités répétitives et stéréotypées, ou bien dans des jeux vidéo d’action. De ce point de vue, si les jeux violents constituent bien une source de problèmes, la façon dont certains s’y engagent est elle-même la conséquence de la fatigue d’impuissance. La séduction suscitée par des causes extrémistes offrant un engagement immédiat ne sont pas non plus sans lien, ni le dégoût de soi dont témoigne toute une partie de la littérature contemporaine. Personne ne peut évidemment s’en accommoder, mais comment agir ?

De la mémoire de chacun à la résilience de tous

La connaissance et la valorisation des expériences positives du passé est un moyen de favoriser l’engagement, notamment par rapport aux catastrophes climatiques. Le site Internet mémoiredescatastrophes.org, « la mémoire de chacun au service de la résilience de tous » répond à cet objectif : toute personne ayant vécu une catastrophe est encouragée à y déposer son témoignage, sous la forme de textes ou d’images, mais aussi à créer un groupe ou à adhérer à un groupe existant, afin que les initiatives positives soient connues et fassent tâche d’huile. Le Solution MédiaLab lancé par « Reporters d’espoir » se fixe pour but de mieux comprendre l’impact d’une information anxiogène et les moyens d’une information constructive. Son projet correspond exactement à la définition qui est donnée aujourd’hui du mot de résilience. Après avoir été décrite comme une qualité individuelle, puis comme un processus lui aussi individuel éventuellement favorisée par un tuteur personnalisé, la résilience est maintenant conçue comme une force, et plus précisément comme une force collective. La résilience a fait sa mue, elle est passée des « moi » au « nous », et cela change tout. Là où la résilience individuelle raisonnait en termes d’information et de soutien personnalisé, la résilience collective pense en termes d’éducation, d’évaluation des vulnérabilités collectives, de confiance et de collaboration à travers des partenariats et des projets mutualisés. C’est dans ce cadre que le Solution MédiaLab trouve sa place : comme un moyen de mieux comprendre le rôle des médias dans la démobilisation, mais aussi dans la mobilisation possible de toutes les forces disponibles au service d’un monde d’espoir.

Etudiants, Serge Tisseron propose : Thèses, mémoires et Diplôme universitaire, n’oubliez pas de vous inscrire !

Posté par Serge Tisseron le 26 juillet 2014.

La rentrée scolaire approche ?

C’est l’occasion de rappeler ici que j’encadre des étudiants en thèse, et que je peux proposer plusieurs terrains de stage en relation avec mes axes de travail. Les sujets que je propose concernent mes deux centres d’intérêt actuels.

J’encadre tout d’abord des thèses autour des relations que nous entretenons avec les technologies numériques et les robots. Un étudiant intéressé par une étude sur les interactions entre enfants psychotiques et robots sera accueilli avec enthousiasme, pour une étude à réaliser en hôpital de jour.

D’autre part, j’encadre des thèses autour du vécu des situations de catastrophe, quelle qu’en soit la cause, naturelle, économique, sanitaire ou terroriste, et plus généralement autour des questions impliquant l’une ou l’autre forme de ce qu’on appelle aujourd’hui la résilience, que ce soit chez l’enfant ou chez l’adulte, dans des situations impliquant le collectif. Ces travaux sont proposés en lien avec le site « memoiredescatastrophes.org » que j’ai créé avec le concours du Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie (MEDDE).

Enfin, avec Frédéric Tordo, nous créons le premier Diplôme Universitaire (D.U.) entièrement consacré aux conséquences pour les sciences humaines et sociales des technologies numériques (dites parfois « du virtuel ») : « Technologies nouvelles et nouvelles pathologies : Théories du virtuel et applications en psychologie, santé, éducation et culture ». (Paris 7 Denis Diderot). Il s’agit de poser les bases d’une nouvelle culture du virtuel qui bouleverse tous les domaines, suscite de nouvelles formes de réseaux sociaux et d’organisation familiale, mais aussi des nouvelles formes de normalité et de pathologies émergentes. Le but de ce Diplôme Universitaire est de permettre aux professionnels et futurs professionnels d’acquérir des compétences professionnalisantes dans les domaines des psychothérapies (utilisation du virtuel comme médiation, indications en fonction des troubles psychiques, thérapies individuelles et groupales, etc.), de l’évaluation diagnostique (psychopathologie des nouvelles normalités et pathologies liées au virtuel, psychométrie des usagers excessifs, etc.), de la santé (psychologie et psychanalyse du virtuel avec le nourrisson, le jeune enfant, l’enfant, l’adolescent, le jeune adulte, l’adulte ; sociologie, médecine et neurobiologie du numérique) et de l’éducation (introduction au serious game, apprentissages et remédiations).

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