La résilience comme force : l’affaire de tous

Posté par Serge TISSERON le 28 juin 2012.

J’ai défini dans un blog précédent (Les Trois résiliences, du 7 avril 2012) les trois significations successives de ce mot : la résilience comme qualité, la résilience comme processus, que j’ai proposé d’écrire avec un « a » (résiliance) pour la distinguer de la précédente, et la Résilience (avec un « R » majuscule) qui désigne la force qui nous permet de négocier avec les ruptures de l’environnement et les bouleversements intérieurs qui en résultent.
Mais à partir du moment où la résilience est considérée comme une force, il parait insuffisant de limiter sa définition à la capacité de faire face à un traumatisme et de se reconstituer après lui. Cette force intervient en effet à quatre moments successifs de telle façon que le dernier est aussi le premier d’un nouveau cycle (1).

Se préparer

Tout d’abord, la résilience est la capacité de se préparer au traumatisme. On sait aujourd’hui qu’avoir une bonne insertion familiale et sociale est un facteur de résilience, tout comme le fait de connaître la nature des traumatismes auxquels on peut être confrontés.

Résister

Le deuxième moment de la résilience est, sans surprise, la capacité de résister au traumatisme.

Se reconstruire

La troisième moment est la capacité de se reconstruire, c’est-à-dire de mettre fin à la situation de crise en reconstituant ses capacités.

Consolider le rétablissement

Enfin, ce rétablissement serait lui-même précaire si la résilience ne comportait pas un quatrième et dernier moment : la consolidation. Quand la catastrophe est arrivée, et une fois que la crise a été jugulée, les séquelles peuvent en effet rester nombreuses. Il s’agit de séquelles physiques, mais aussi psychologiques. La consolidation du rétablissement est une phase à part entière de la résilience. Certaines personnes peuvent en effet avoir la capacité de se rétablir rapidement, mais sans consolider leur rétablissement. C’est à mon avis ce qui se passe pour ceux qu’on appelle les « pseudo-résilients ». Ils « encaissent le choc », sont psychologiquement blessés, mais se comportent comme si de rien n’était. Le problème est qu’un drame ultérieur, parfois de bien moindre importance, peut rouvrir brutalement leurs blessures jamais cicatrisées et produire un effondrement sans rapport avec la situation. Comme pour cet homme qui semblait avoir remarquablement réagi à la mort de son épouse, mais qui fit une dépression grave à la mort de son chien trois ans plus tard. L’absence de consolidation des traumatismes précédents contribue à rendre particulièrement vulnérable aux suivants.
En même temps, cette quatrième phase rejoint la première et constitue le début d’un nouveau cycle possible. Consolider les acquis du rétablissement est en effet une façon de se préparer aux traumatismes ultérieurs possibles.

Le site memoiredescatastrophes.org est précisément au service d’un tel processus. Le premier temps, celui de la préparation aux catastrophes, est grandement facilité par le fait d’avoir eu des échanges avec des personnes qui en ont vécu de semblables et qui ont communiqué sur la manière dont elles l’ont gérée.
La capacité de résister à la catastrophe et de se rétablir après elle peut également bénéficier d’un tel site, bien que de façon moindre.
Mais surtout, le quatrième temps du cycle, celui de la consolidation, bénéficie grandement de la capacité d’établir des contacts et des rencontres autour du vécu de chacun. L’invitation faite à rejoindre une communauté avec laquelle partager ses expériences participe à la consolidation de la résilience, tandis que les échanges intergénérationnels préparent les nouvelles générations à faire face à des situations imprévisibles.
Le site memoiredescatastrophes.org participe ainsi au projet de réduire la vulnérabilité des populations en renforçant leur capacité à anticiper, à résister et à se relever après une catastrophe, ainsi qu’à s’adapter en consolidant les acquis de l’expérience.
Il est en accord avec la loi de modernisation de la sécurité civile promulguée le 13 août 2004 qui fixe pour objectif de mobiliser l’ensemble des compétences impliquées dans la prévention et l’organisation des secours concernant les risques technologiques, naturels ou de nature terroriste. Cette loi pose en effet notamment que « la sécurité civile doit être l’affaire de tous » (sensibilisation des populations, apprentissage généralisé des gestes de secours, nouvel élan pour le volontariat chez les pompiers, redéfinition du rôle des associations, ...) et qu’il est essentiel « d’encourager les solidarités ».

1. Cette façon d’envisager le résilience rejoint la contribution des armées à cette réflexion, notamment celle du Centre Interarmées de Concepts, de Doctrines et d’Expérimentations (N°202/DEF/CICDE/NP du 12 décembre 2011).

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