Les travailleurs du nucléaire malades du secret

Posté par Serge TISSERON le 30 mars 2009.

Aujourd’hui, quand on pense « souffrance et secret », on pense aussitôt « famille ». Mais les secrets existent aussi dans les entreprises et peuvent générer des troubles chez ceux qui en sont les porteurs, voire chez leurs proches. Sur ce thème, la chaîne Arte diffuse le 12 mai un reportage de Alain de Halleux consacré aux travailleurs du nucléaire. Ils sont obligés de travailler de plus en plus vite sans pouvoir toujours respecter les normes de sécurité. Mais dans le même temps, ils n’ont pas le droit d’en parler sous peine de perdre leur emploi. Le porteur d’un tel secret est amené à se couper en deux entre son désir de parler pour se soulager et l’obligation qu’il s’impose – ou qu’on lui impose… – de se taire. Etre ainsi coupé en deux est une source de souffrances, c’est comme de vivre avec deux personnalités qui coexistent. Il peut en résulter des troubles somatiques ou psychologiques, ou une fatigabilité excessive. Et cette souffrance est perçue par les proches, mais ils n’en ont évidemment pas la clef. En outre, on leur dit que rien n’est caché ! La famille, les amis, voient bien que « ça ne tourne pas rond ». Du coup, ils se coupent en deux à leur tour, entre ce qu’ils pressentent et ce qu’on leur dit de croire. Les proches essayent aussi de comprendre et imaginent en général deux choses : celui qui souffre sans rien pouvoir dire aurait peut être fait quelque chose de honteux ; ou bien il aurait de gros reproches à faire à son entourage sans oser lui en parler. Dans le premier cas, ceux qui côtoient le porteur de secret indicible imaginent qu’il a la honte, et dans le second cas, ils imaginent qu’il veut la leur faire porter ! Résultat, dans les deux cas, les relations sont empoisonnées.

Redisons le : les secrets que l’on garde avec bonheur sont glorieux et ne posent de problème à personne. C’est le cas des secrets que les travailleurs du nucléaire ont d’abord été amenés à garder, au début de l’implantation de cette technologie. Mais aujourd’hui, tout a changé. Les conditions de sécurité sont de moins en moins respectés au fur et à mesure que s’étend la sous-traitance et ce secret douloureux mine les employés qui s’y sentent contraints, leur climat familial, mais aussi le climat de l’entreprise. Plus personne n’ose poser de question à personne, tout le monde s’épie et tout le monde tente d’imaginer ce qu’on lui cache ou que les autres savent, jusqu’à s’inventer parfois des histoires rocambolesques qui nourrissent les fantasmes et les rumeurs. La grande victime du secret n’est pas la vérité, qui est d’ailleurs souvent relative, mais la communication. Plus les conditions de travail se durcissent, plus la sous-traitance se généralise, plus le risque existe que des employés se retrouvent porteurs de secrets pénibles. Le film de Laurent Cantet, « Ressources humaines », en était une autre illustration...

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