« Livre noir de la psychanalyse », la main dans le sac

Posté par Serge TISSERON le 6 octobre 2005.

Paru dans Le Monde, le 6 octobre 2005

Je n’aurais pas pris la plume contre Le Livre noir de la psychanalyse si je n’avais pas une bonne raison de le faire. L’essentiel a en effet été dit : en fait de scoop, il s’agit d’une reprise de travaux historiques en partie vrais et en partie discutables sur la psychanalyse, assortie d’une haine féroce à l’égard de celle-ci et d’une campagne promotionnelle pour les thérapies cognitives et comportementales.

D’autres ont aussi souligné que la psychanalyse dont ces auteurs débattent – ­ celle que Freud pratiquait il y a un siècle ­ – a bien changé et qu’il conviendrait d’en tenir compte. Bref, c’est un peu comme si on prétendait juger aujourd’hui les thérapies cognitives et comportementales à l’aune des écrits de Watson. Pourtant, les auteurs de ce pamphlet continuent à être cautionnés d’une certaine rigueur scientifique. Or c’est cette image qui me paraît devoir être remise en cause. Il se trouve en effet que je suis cité dans cet ouvrage.

Cette citation, dont il est indiqué en note qu’elle est extraite de mon livre Nos secrets de famille (éditions Ramsay), se trouve page 492 du Livre Noir [dans la contribution de Didier Pleux]. Je suis censé vouloir y démontrer par un argument « psychanalytique » le risque, pour un enfant, d’être soumis à un secret de famille. La phrase en question est la suivante : « Cela provoquera alors chez lui une scission entre sa vitalité biologique et sa vitalité sociale. On ne peut pas mentir à l’inconscient, il connaît toujours la vérité. »

Le problème est que cette phrase est totalement inventée. Les mots qui la constituent, tels que « vitalité biologique » ou « vitalité sociale » ne correspondent pas à mon vocabulaire, et je n’ai jamais écrit nulle part que l’inconscient « connaît » quelque vérité que ce soit. Bref, cette phrase qui m’est attribuée relève à mes yeux d’un jargon absurde.

Bien sûr, je ne prétends pas que l’ensemble du Livre noir soit du même acabit, mais il faut reconnaître que cela tombe vraiment mal de trouver une citation aussi mensongère sous la plume d’auteurs qui se targuent, du début à la fin, d’une rigueur et d’une honnêteté au-dessus de tout soupçon.

C’est au nom de ces sacro-saints principes qu’ils s’accordent le droit de critiquer la psychanalyse, accusant notamment Freud et les freudiens de déformer la réalité des propos de leurs patients pour faire croire à des succès qui n’existeraient pas ­ – Freud y est ainsi accusé d’avoir changé certains mots prononcés par ses patients entre ses notes de séances et la rédaction finale de ses livres. Cette citation totalement inventée, prétendument tirée d’un livre où chacun peut constater qu’elle n’existe pas, et qui plus est totalement contraire à l’esprit de son auteur, renvoie ce Livre noir à ce qu’il est malheureusement : Le Livre noir de la mauvaise foi anti-psychanalytique.

Non pas que la psychanalyse soit au-dessus de toute critique et de tout soupçon, loin s’en faut, mais ce n’est certainement pas en déformant ainsi ses propos et en ignorant à ce point ses recherches et ses évolutions depuis trente ans qu’on peut prétendre lui donner des leçons.

Une lettre des éditions Les Arènes | Le Monde| 01.11.05

A la suite du point de vue de Serge Tisseron intitulé «  »Livre noir de la psychanalyse« , la main dans le sac » (Le Monde du 6 octobre), nous avons reçu des éditions Les Arènes la mise au point suivante.

Sur trois colonnes, Serge Tisseron appuie sa charge sur une citation qui serait « totalement inventée » et « mensongère », « dont il est indiqué en note qu’elle est extraite de - son - livre ». Et l’auteur de sous-entendre que les quarante auteurs de dix nationalités qui dénoncent les mensonges et falsifications de Freud dans Le Livre noir de la psychanalyse sont eux-mêmes des menteurs et des falsificateurs.

Cette citation n’est en rien inventée : l’Ibid de la note 72 ne renvoie pas à l’ouvrage de Tisseron, cité dans la note 71, mais à Françoise Dolto. Une erreur de composition a créé le malentendu. Il n’y a donc nulle « invention » de citation, comme l’écrit Serge Tisseron. Le passage existe bel et bien. Le voici dans sa totalité : « L’enfant sait pour ses parents. Dès les premières heures, il est capable de les aider. C’est lui qui a voulu naître, c’est lui qui a choisi le couple de parents. Il faut toujours lui dire la vérité. La vérité de ses origines, la vérité de la vie familiale. Il en a besoin. Si on ne la lui dit pas, il risque de ne pas avoir confiance en lui, de penser qu’il a mal choisi les humains qui l’ont initié à la vie, puisque ceux-ci sont incapables de mettre en mots ce qui s’est passé. Cela provoquera alors chez lui une scission entre sa vitalité biologique et sa vitalité sociale. On ne peut pas mentir à l’inconscient, il connaît toujours la vérité. »

Serge Tisseron trouve que cette citation « relève d’un jargon absurde ». Nous lui laissons la responsabilité de son jugement. Le Livre noir de la psychanalyse est un ouvrage qui compte 1 352 notes. Que le correcteur du Monde qui n’a jamais commis un Ibid de trop jette la première pierre à celui des Arènes. Nous rendons bien volontiers justice à Serge Tisseron dans la quatrième réimpression du livre. Mais il aurait pu éviter de prendre à témoin les lecteurs du Monde pour une coquille élevée au rang de crime contre l’esprit. Vous avez dit « mauvaise foi » ?

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