Nouveaux réseaux : des désirs vieux comme le monde

Posté par Serge TISSERON le 26 avril 2009.

Après l’explosion des blogs au début des années 2000, nous assistons aujourd’hui à celle des nouveaux réseaux sociaux : sites de rencontres, de loisir, de recherche d’emploi, etc. Cette situation est évidemment radicalement nouvelle. Et pourtant, elle doit l’essentiel de son succès à quatre désirs aussi vieux que le monde…

1. Valoriser ses expériences quotidiennes

Raconter sur Internet les événements petits et grands de sa vie répond au vieux besoin humain de valoriser ses expériences et de leur donner du sens. C’est ce qui nous pousse chacun à nous raconter, à des proches, à des amis, dans des livres ou à la télévision. Cela donne plus de valeur à notre vie.

2. Se cacher et se montrer à volonté

Se raconter est une façon de se montrer. Mais pouvoir se cacher quand on en a envie est tout aussi important. L’anonymat sur Internet et la possibilité de disparaître à tout moment satisfait cette attente. En fait, le désir de se cacher et celui de se montrer sont moins opposés que complémentaires. Ils contribuent chacun à la construction de l’estime de soi, le premier en valorisant l’intimité, et le second l’« extimité » : j’ai en effet désigné sous ce mot [1] le désir de dévoiler certains aspects de soi afin qu’ils prennent une valeur plus grande par le regard des autres.

3. Etre certain qu’on ne m’oublie pas

Avoir beaucoup d’amis sur les réseaux assure l’internaute qu’on ne l’oublie pas. Le désir qu’un grand nombre de gens pensent à moi de temps en temps remplace ainsi celui qu’une seule personne pense à moi tout le temps. Ce désir de n’être jamais oublié inclut aussi parfois une préoccupation altruiste. Sur Internet, de nouveaux espaces proposent ainsi des échanges de recettes de cuisine, et sur Second life, il ne manque pas d’usagers prêts à expliquer aux nouveaux venus le fonctionnement de cette grande communauté virtuelle.

4. Maîtriser la distance relationnelle

Trop près, nous nous angoissons de perdre notre liberté, mais séparés, nous craignons l’abandon. Les nouveaux réseaux permettent de moduler à volonté cette distance : on peut s’y rapprocher beaucoup, intellectuellement et émotionnellement, tout en restant physiquement inatteignable, voire totalement protégé par l’anonymat.
Bref, rien de bien nouveau sous le soleil… de ce point de vue tout au moins, car ces nouveaux réseaux sociaux changent aussi beaucoup de choses. La suite bientôt.

Notes

[1Tisseron, S., (2001), L’intimité surexposée, Paris, Ramsay (rééd. Hachette Littératures, 2002). Ce désir est parfois confondu avec l’exhibitionnisme, mais il en est différent : dans l’exhibitionnisme, il s’agit de ne montrer que des parties de soi dont la valeur est déjà assurée. En revanche, le désir d’extimité est inséparable d’une prise de risque : la valeur de ce qui est montré n’est jamais connue et c’est par le retour des autres qu’il est appelé à en prendre.

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