L’indispensable révolution pédagogique : proposer aux élèves et aux enseignants de nouvelles occasions de travailler ensemble

Posté par Serge TISSERON le 21 février 2014.

De la même façon que le médecin soigne et que le malade guérit, l’enseignant enseigne et l’élève apprend. Aujourd’hui, un grand nombre d’enseignants se plaignent du divorce grandissant entre les élèves et eux. Ils continuent à enseigner aussi bien que par le passé, et même parfois mieux grâce aux compétences qu’ils ont peu à peu gagnées au fil de leur pratique, mais les élèves apprennent de moins en moins bien. La tentation est évidemment grande d’en accuser les technologies numériques et les écrans, et certains ne s’en privent pas. Les élèves souffriraient d’un défaut d’attention et de concentration, il faudrait sans cesse relancer leur intérêt, etc. Mais ceux qui tiennent ce raisonnement établissent entre élèves et enseignants un bien curieuse barrière : les technologies numériques ont aujourd’hui une bonne trentaine d’années pour les jeux vidéo, et presque un dizaine pour Facebook. Autrement dit, si leur influence est massive chez les élèves, elle doit l’être tout autant chez les jeunes enseignants.

Un bouleversement dans la relation aux connaissances, aux machines et aux apprentissages

Pour les uns comme pour les autres, il faut donc réfléchir à de nouvelles occasions d’enseigner et d’apprendre, bref de travailler ensemble. C’est dans cet état d’esprit que l’indispensable révolution pédagogique doit être envisagée. Il ne s’agit pas « d’adapter l’école au numérique », comme on l’entend parfois, mais de l’adapter aux changements d’état d’esprit des élèves et des jeunes enseignants en relation avec le monde dans lequel ils grandissent. La culture associée aux technologies numériques est en effet caractérisée par le goût pour la construction participative des savoirs dont Wikipédia est le modèle, celui du débat et des identités multiples valorisé par Internet, la passion de créer ses propres formes et ses propres images et l’intimité avec les machines. En même temps, l’omniprésence des écrans rend d’autant plus nécessaire d’intérioriser les repères narratifs et logiques pour bénéficier de tout ce qu’ils peuvent apporter. Pour répondre à cette double préoccupation, l’école ne manque pas d’atouts. Elle peut s’appuyer sur trois leviers : encourager les formes actives d’appropriation des savoirs, exploiter sur les outils dont les jeunes disposent, et enfin développer des stratégies éducatives innovantes.

Encourager l’appropriation active des savoirs

Cela peut se faire de deux façons : par la controverse et par le tutorat entre pairs.

La controverse et le débat permettent à la fois l’apprentissage des articulations logiques de la langue à travers son maniement, et l’échange des idées dans le respect de l’autre. Nous savons aujourd’hui que le meilleur apprentissage est celui qui passe par la reformulation des savoirs.

Un autre moyen est de favoriser le tutorat entre pairs : celui qui a le mieux compris explique aux autres, mais il peut s’agir aussi de celui qui a réussi sans comprendre… Ce sera en effet de plus en plus la situation produite par des élèves « dits différents », en particulier les « dys » ou ceux atteints de façon plus ou moins importante de troubles envahissants du développement. Ces élèves, capables de résoudre de façon intuitive certaines difficultés, gagneront beaucoup à être invités à construire d’autres chemins de résolution qu’ils puissent expliquer à leurs camarades. Le tutorat n’est pas destiné à bénéficier seulement à ceux qui sont enseignés par un camarade mais aussi à celui qui enseigne.

S’appuyer sur les outils dont disposent les élèves

Plutôt que d’acheter du matériel qui sera rapidement démodé, mieux vaut utiliser les outils technologiques possédés par les jeunes, tels que iPod, téléphone mobile, consoles… L’utilisation du matériel possédé par les enfants pose évidemment la question des inégalités, notamment sociales, dans leur possession. Mais cette difficulté n’existe que si on reste dans un schéma : « un enfant, un écran ». A partir du moment où les enfants sont invités à travailler à plusieurs sur le même écran, dans un esprit de coopération et non de compétition, plusieurs élèves peuvent utiliser ensemble l’outil le plus perfectionné de l’un d’entre eux. Dans le même ordre d’idée, il est important de valoriser les productions numériques des élèves, par exemple en les associant à la création du site Internet de leur établissement. La plupart d’entre eux ont en effet à cœur d’en donner une image positive.

Des stratégies éducatives innovantes

Il en existe deux principales. La classe dite « inversée » et les MOOCs, autrement dit les cours massivement ouverts en ligne. Commençons par la classe inversée : alors que dans la classe traditionnelle, l’enseignant conseille aux élèves de travailler des documents après avoir fait son cours, il propose ici aux élèves de travailler en amont et de lui poser des questions. Mais la classe inversée est également inséparable des échanges qui vont avoir lieu entre les enfants à cette occasion.
Les MOOCs offrent aussi de nouvelles opportunités, à condition, là encore, de favoriser les échanges et les interactions entre élèves et enseignants, mais aussi des élèves entre eux.

Bref, nous voyons que l’école peut s’adapter aux changements d’état d’esprit des élèves et en remotiver certains sans forcément investir dans un matériel non seulement coûteux, mais qui risque de se révéler très vite obsolète. Encourager en classe les débats et les controverses, développer le tutorat, et pratiquer la classe inversée ne coûte rien et ne nécessite pas de matériel particulier. Et ce sont autant d’occasions de développer les logiques narratives qui sont souvent cruellement absentes des écrans.

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