Pour des écrans progressifs : le papier est un support de relation à soi-même, les écrans sont un support de relation aux autres

Posté par Serge TISSERON le 10 février 2014.

L’écran est un outil parfaitement adapté pour augmenter l’efficacité de certaines tâches, notamment par sa capacité à pouvoir favoriser les échanges via Internet. Mais le support traditionnel constitué par le papier et le crayon reste irremplaçable pour permettre l’apprentissage du raisonnement et une appropriation de sa propre pensée. Le papier me renvoie à ce que j’y mets, et il me permet ainsi d’entrer en relation avec moi-même. Au contraire, l’écran me permet d’entrer en contact avec tous les autres. C’est pourquoi l’introduction de l’écran doit d’abord se faire dans un cadre collectif. Il serait absurde de vouloir introduire d’emblée un écran par enfant. Les écrans doivent être d’abord un espace de co-réflexion et de co-construction dans un effort de s’écouter et de se comprendre, sous peine de se transformer très vite en outil de retrait du monde.

Intérioriser les règles du travail en réseau

En pratique, l’enfant est invité d’abord à travailler avec les outils traditionnels, de manière à apprendre à penser en s’appuyant sur les ressources de son propre esprit. Puis l’écran est introduit comme un support qui permet à trois ou quatre élèves d’interagir ensemble afin de fabriquer un devoir commun. Ce travail mené à plusieurs face à un seul écran leur permet d’intérioriser les règles du travail en réseau qu’ils mettront ensuite en pratique quand ils se seront plus tard chacun seul face à un écran. Mais quels devoirs proposer aux enfants qui travaillent sur un même écran ? Evidemment pas un devoir traditionnel, car celui des enfants qui est le meilleur dans la discipline ferait évidemment le travail pour tous les autres. L’écran doit d’abord être introduit dans un travail collectif qui implique la fabrication d’un objet bien particulier, le genre d’objets qu’on trouve sur Internet, c’est-à-dire un objet multimédia : un enfant apporte sa compétence dans la construction des phrases, un autre dans la recherche des images, un troisième dans la composition de la page et le choix des caractères, et ainsi de suite. Les enfants y apprennent en même temps à travailler ensemble et à développer leur sensibilité aux capacités des autres.

Utiliser les écrans pour co-penser

Dans un troisième temps chaque enfant peut alors être placé face à un écran, mais de telle façon que ces écrans soient reliés entre eux. Il serait absurde de vouloir en effet briser à ce moment-là l’idée qu’on a cherchée à développer à l’étape précédente, que l’écran est un support de travail collectif. Et c’est d’ailleurs bien ainsi que les enfants l’entendent quand ils communiquent sur leurs devoirs via Internet à la maison… La troisième étape consiste donc à travailler à l’école avec des écrans interconnectés. Les trois ou quatre élèves qui ont décidé de travailler ensemble ne sont plus face à un même écran, mais chacun face à leur écran et invités à interagir pour organiser leur travail commun.
Enfin, dans un quatrième temps, les enfants peuvent être mis en relation non plus seulement avec les quelques camarades de classe avec lesquels ils ont choisi de travailler, mais avec le vaste Internet.

Eviter trois pièges

Cette façon d’introduire les écrans éviterait trois pièges. Le premier est le piège idéologique qui consiste à croire que l’écran-clavier soit appelé à remplacer le papier-crayon : les deux ont des fonctionnalités différentes et l’un ne remplacera jamais l’autre. Il s’y ajoutera, mais justement l’essentiel est de comprendre de quelle manière et c’est ce chemin que nous avons essayé de tracer. Le second piège est évidemment financier : beaucoup d’enseignants ne savent pas utiliser les écrans ni les tablettes et le risque est évidemment que les enfants les laissent chez eux, voire les revendent sur Internet comme on le voit parfois. Enfin, le troisième piège est éducatif. Dans la plupart des activités auxquelles sont confrontées aujourd’hui les diverses professions, le travail ensemble, que ce soit autour d’une table ou en réseaux, est essentiel, et il l’est tout autant de favoriser le travail des enfants à plusieurs.

Malheureusement, l’ordinateur tel que nous le connaissons aujourd’hui, c’est-à-dire l’ordinateur personnel, n’est absolument pas adapté à des usages collaboratifs. Le chemin que nous appelons ici de nos vœux nécessite donc la mise au point d’ordinateurs sur lesquels plusieurs personnes pourraient travailler ensemble et en même temps. Bref un ordinateur qui permettrait de partager des éléments communs lors d’une tâche collaborative. Et pour mieux favoriser la qualité de ces interactions, cet ordinateur interpersonnel devrait évidemment comporter un écran horizontal et non plus vertical. La position verticale de l’écran, inspirée de celle du tableau noir dans la pédagogie traditionnelle, est en effet inséparable de la situation d’un enseignant expliquant à des élèves ce qu’ils doivent apprendre. Au contraire, l’écran horizontal est comme une table autour de laquelle chacun peut travailler en adoptant tour à tour un point de vue différent par ses déplacements. Un tel ordinateur interpersonnel n’est pas une utopie. Certains y réfléchissent déjà. En attendant sachons attendre…

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