Sex in the screen

Posté par Serge TISSERON le 3 mai 2008.

Un spectacle de télévision, quel qu’il soit, propose des modèles. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les premiers travaux menés sur la télévision, aux USA [1] et en Angleterre [2], à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Hilde Himmelweit et ses collègues, à l’origine de l’étude anglaise, notent par exemple que la télévision exerce « une influence considérable sur la conception que les enfants se font du travail, de la réussite sociale ».

En fait, les enfants qui possèdent le langage mémorisent des enchaînements qui constituent les unités de base de leur développement cognitif et de leur mémoire autobiographique . Il peut s’agir d’événements qu’ils ont réellement vécus, ou d’événements qu’ils ont vus représentés dans un dessin animé ou un film. Par exemple, le déroulement d’un anniversaire implique d’accueillir les invités, d’ouvrir les cadeaux de chanter « joyeux anniversaire », de souffler les bougies, de couper le gâteau et de le manger. Mais il peut s’agir aussi d’une séquence événementielle vue dans un film : par exemple, sourire à quelqu’un qui vous a insulté, puis l’attaquer aussitôt qu’il a le dos tourné. Ces séquences présentent un danger d’autant plus grand d’être constituées en référence qu’elles sont vues par un jeune enfant en train de constituer ses premières unités cognitives et émotionnelles de base. Plusieurs études ont approfondi cet aspect de l’influence télévisuelle. Contentons-nous d’un seul exemple, le plus récent à notre connaissance [3]. Parmi tous les enfants qui regardent beaucoup les dessins animés, les garçons présentent un risque élevé de devenir violents à l’adolescence, alors que ce risque n’existe pas chez les filles. En fait, la raison de cette différence se trouve dans les programmes eux-mêmes. La plupart des dessins animés pour enfants exaltent l’hyper puissance des héros masculins tandis que les héroïnes sont souvent réduites à de super fées, quand ce n’est pas à de simples figurantes rimelisées. Les garçons qui regardent ces séries sont invités à s’identifier à des personnages invincibles et ont, du coup, tendance à recourir à la violence plus facilement puisqu’ils se rêvent invulnérables. En revanche, les filles invitées à s’identifier à des poupées ne courent pas le même risque. Bien sûr, ces programmes ont forcément des effets sur elles aussi, mais ils n’ont fait, à ma connaissance, l’objet d’aucune étude...

Notes

[1Schram W., Lyle J. et Parker E.B., Television in the lives of our Children, Stanford University Press, 1961.

[2Himmelweit H., Oppenheim A.N. et Vince P., Television and the Child : and Empirical Study of the Effect of Television on the Young, London School of Economics and Political Science, 1958.

[3Nelson, K. and Greundel, J.M. (1981), Generalized event representations : Basic building bloks of cognitive development, in M.E. Lamb and A.L. Brown (Eds), Advances in development psychology, Vol.1, Hillesdale, NJ, Erlbaum.

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