Thérapies par le jeu vidéo

Posté par Serge TISSERON le 5 janvier 2008.

Il est souvent difficile d’être accepté comme un interlocuteur par un joueur excessif.

C’est alors qu’il peut s’avérer utile d’utiliser un jeu vidéo dans la durée de la séance. En clinique, l’utilisation d’un tel procédé s’appelle une « médiation thérapeutique ». La clé de son efficacité se trouve dans la forme particulière de transfert qu’elle mobilise : le fragment de partie joué pendant la séance prend peu à peu le statut d’espace potentiel, et cet espace est ensuite, au fil des rencontres et des échanges avec le thérapeute, déplacé vers la relation avec lui. Une vraie rencontre peut alors se nouer, qui permet de travailler dans la relation au thérapeute ce qui était jusque-là cantonné à une relation muette à l’écran.

Mais la tâche est ardue. Il faut comprendre chaque fois la place que joue la relation privilégiée à l’ordinateur comme moyen de tenter de guérir une relation perturbée au monde. Et les thérapeutes de joueurs excessifs ont aussi à éviter les poncifs de la mère « narcissique » ou « déprimée », qui aurait été incapable de constituer un miroir satisfaisant pour son enfant, le poussant ainsi à son engagement vers les miroirs d’écran. Car il faut cesser de culpabiliser les mères dans ce domaine comme dans d’autres ! Bien des événements interviennent dans cette première relation, dont la mère n’est pas responsable, à commencer par les prises en charge par les nourrices et les crèches, mais aussi les éventuels déménagements multiples souvent subis par les familles, voire les décès des proches. Les troubles de la petite enfance peuvent provenir de parents peu disponibles, mais aussi d’expériences personnelles tragiques auxquelles les parents ne pouvaient pas grand-chose, comme un deuil, voire d’événements qui leur ont totalement échappé, comme une maltraitance ou une humiliation causées par un tiers, voire même de catastrophes vécues par les générations précédentes qui ont porté leur ombre sur le développement de l’enfant. Dans tous les cas, le thérapeute doit réapprendre à ces prisonniers du virtuel le plaisir de l’engagement corporel et celui de la sublimation. Cela ne peut se faire qu’en les encourageant dans la création de leurs propres discours, de leurs propres images, de leurs propres mises en scène, et en y participant soi-même afin de leur rendre le goût de l’échange vivant.

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jeu des 3 figures
3-6-9-12

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