Twitter à la maternelle

Posté par Serge TISSERON le 10 février 2014.

Le mot signifie « gazouiller », eux s’appellent les « Institwitters » : ils utilisent Twitter avec les enfants de leur classe dès la grande section de maternelle. Est-ce pour leur apprendre comment gérer plus tard les technologies numériques ? Bien sûr que non ! Les technologies numériques évoluent si vite qu’elles auront évidemment totalement changé lorsque les enfants des maternelles d’aujourd’hui seront devenus des adolescents, et plus encore des adultes. Alors quel est l’objectif des « Institwitters » ? Il y en a trois, d’importance inégale.

Comprendre le monde le monde d’aujourd’hui

Le premier objectif est de permettre aux enfants de comprendre le monde dans lequel ils sont plongés. Car des tweets, il en est beaucoup question, que ce soit au Journal télévisé ou à la radio, à commencer par le tweet célébrissime de Madame Trierwieler dont il a été à nouveau question ces derniers mois. Il n’est pas nécessaire de savoir lire pour entendre parler des tweets !

Travailler ensemble

La seconde raison est liée à l’apprentissage du travail collectif. Fabriquer un tweet à plusieurs, c’est devoir décider de ce dont on va parler, et de la manière d’en parler. C’est également accepter d’intervenir à tour de rôle, de travailler sur la substance fournie par l’intervenant précédent. Bref, c’est s’initier au travail collectif dans un climat que le Ministère de l’Education Nationale appelle à être « serein ». Et cet apprentissage du bien-vivre ensemble est destiné évidemment à porter son influence bien au-delà du moment pendant lequel les enfants « tweettent ».

Etre clair et concis

La troisième raison est incontestablement la plus importante, car la langue française est bien connue pour travailler dans la dentelle plus que dans la concision. Là où la langue anglaise utilise des mots courts et des phrases brèves, la française a plutôt tendance à utiliser des mots longs et des phrases à rebondissements successifs. Apprendre à parler dans le style twitter, c’est s’obliger à respecter le cadre de messages limités à 140 caractères, espaces compris. Pas un de plus. Une seule lettre supplémentaire et votre tweet est refusé. Il faut alors apprendre à remplacer un adjectif trop long par un autre plus court, ou utiliser : plutôt une conjonction de coordination. Cet apprentissage de la concision est essentiel à l’utilisation logique et pertinente de la langue française. Apprendre à s’exprimer de manière limpide, claire et cohérente a toujours été l’un des objectifs majeurs fixés aux maternelles. Avec Twitter, cet objectif trouve un nouveau support d’actualité motivant.

Faut-il alors que l’Education Nationale demande la généralisation de son emploi dans les classes maternelles ? Bien sûr que non ! L’objectif que l’institution scolaire doit suivre aujourd’hui n’est pas d’imposer une nouvelle contrainte à des enseignants qui ont déjà l’impression qu’il y en a bien trop qui pèsent sur leurs épaules. Il est de libérer les initiatives et de permettre à tous les enseignants qui ont envie d’inventer de pouvoir le faire. A charge pour eux, bien sûr, d’en parler, de communiquer sur Internet ou ailleurs sur leurs pratiques, et de les justifier. D’autant plus que pour ce qui concerne les tweets, il existe aussi depuis deux ans Babytwit, un outil de micro blog développé par le monde du logiciel libre, sans publicité ni utilisation des données des utilisateurs, et donc plus conforme aux valeurs du service public.

Alors Twittons en cœur : « Libérons la créativité des enseignants, avec ou sans tweets. Le seul « basique » qui vaille, c’est d’apprendre à penser »

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