Les publications

Thomas Bilanges : images du double, figures de soi


La petite musique du bonheur

A propos des photographies de Claude Nori


G. Gatian de Clérambault
Psychiatre et photographe

Les Empêcheurs de penser en rond, 1990


Tout est flou, faites des photos nettes !

Cahiers de la Photographie N° 2, Image et Pouvoirs, 2010


Quand le numérique révèle la photographie à elle-même

Colloque sur Le tableau vivant - 18 mars 2010


Filmer avec la main

Festival Caméras mobiles, lux Scène nationale de Valence, 2011


Le rêve, la mémoire, l’hallucination : éloge de la réalité métissée

Conférence à l’Itaü Cultural, Sao Paulo, 12 octobre 2009


En attente d’une floraison à venir

Préface de l’édition japonaise de « Le mystère de la chambre claire »


Qu’est ce qu’une image emblématique ?

in W. Eugene Smith, Du côté de l’ombre, Seuil, 1999 (dir. Gilles Mora)


La photographie, un regard soutenu par les mains

Revue Sensible, septembre 1997


L’autoportrait

Exposition à l’Agence Picto. Septembre 1997


Enfermer pour développer

Mois de la photographie, 1998


L’image funambule ou La sensation en photographie

Nuage / Soleil - Bernard Plossu / Serge Tisseron, Marval, 1994


La photographie sans image

Salonique. Résumé de Conférence, 1998


La photographie faite avec les mains

Plovdiv (Roumanie) - 23 mai 1998


Pour une photographie délivrée du symbole

1998


Le photographe et le législateur face à la fragile frontière du réel

Paru dans les Cahiers de Médiologie, 1997 (Le Kiosque n°5)


Plus facile à dire qu’à faire...

XXVIIIe Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles, 1998


Filmer avec la main

Festival Caméras mobiles, lux Scène nationale de Valence, 2011

Dans la seconde moitié du XX e siècle, tout allait si vite qu’une génération s’est émerveillée en découvrant que la photographie pouvait arrêter le temps. Nous sommes au XXI é, tout va encore plus vite, et plus personne ne croit qu’il soit possible de l’arrêter. Serait ce même souhaitable ? Il ne reste plus alors qu’à l’accompagner, c’est à dire à accompagner son mouvement. Bouger, danser, courir, faire l’amour avec une caméra à la main, voila ce qu’on veut quand on découvre aujourd’hui le monde à travers les écrans, et c’est encore plus exaltant quand on peut envoyer aussitôt ses productions à ses amis, ou plutôt à ses friends, ces « amis » de facebook qui n’en sont pas vraiment. Car l’avènement du numérique a permis de ne plus attendre. Ce que nous avons filmé est là, tout de suite, un peu comme si une main invisible s’était refermée sur le paysage pour s’en saisir, et s’ouvrait devant nous pour nous le restituer. La longue chaîne de fabrication qui allait de la pellicule à la projection s’est contractée : filmer, voir et montrer sont devenus une seule action. Il est même possible de modifier les images, de les éclaircir ou de les assombrir, de les recadrer, voire de les combiner à d’autres de telle façon qu’aucune ne prouve plus rien. Le film de ma copine nue ne prouve pas qu’elle ait fait cela pour moi, ni pour un autre, mais que j’en aie rêvé, et que j’en aie fabriqué l’image. Et mon visage peut se découper sur des paysages étranges où je ne suis jamais allé, et qui n’existent même peut être pas. L’homme, depuis les origines, sait qu’il navigue entre le monde de la réalité concrète et celui de ses rêves Il doit apprendre maintenant à tenir compte d’un troisième monde, celui des images.

Bien sûr, les films réalisés avec un téléphone mobile sont souvent flous, bougés, tremblés, mais c’est parce qu’ils nous parlent d’émotions et de sensations. Ils ne cherchent pas à dire la vérité du monde, mais à en accompagner sa découverte surprise. Alors que les images traditionnelles de la photographie pleurent ce qui n’est plus, ces films faits du bout des doigts exaltent la fluidité du temps et de l’espace. Si le sens du cinéma, c’est le mouvement, alors, la caméra miniature et mobile est l’essence du cinéma. Un cinéma qui n’est plus de la photographie animée, mais le mouvement de la parole, ou plutôt du corps devenu parole.

Si vous avez 50 ans, vous utilisez probablement le téléphone qui est dans votre poche pour parler et écouter vos interlocuteurs. Si vous en avez trente, vous faites aussi sans doute quelques photographies avec. Mais si vous avez entre 10 et 15 ans, votre mobile ne vous sert plus à parler, mais à envoyer des SMS, et vous ne photographiez plus, vous faites du cinéma. En attendant peut être de vous placer bientôt une webcam au bout d’un doigt ou de vous en accrocher une à chaque oreille, pour un cinéma toujours plus prêt du corps, de l’intimité, mais aussi du partage et de la convivialité !

Serge TISSERON